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2 - La bataille de Proyart et le rôle des civils

2 - La bataille de Proyart et le rôle des civils

Chez nous, dans nos villages et nos champs, nombreux sont les blessés abandonnés à leur sort. Ce sont principalement des civils qui vont s’occuper d’eux.

Intéressons-nous plus spécifiquement à un Proyartais qui, en ces temps troublés, s’est particulièrement distingué.
Pour cela, remontons un instant au XIXème siècle, marqué par l’industrie du textile, la mécanisation, le début de l’agriculture moderne. C’est aussi la fin de certaines traditions. Le climat et le terroir ne donnant que des vins de piètre qualité, les vignobles picards disparaissent. Eugène Odon François, fils de Paschal François, agriculteur viticole et marchand de vins, est lui-même riche propriétaire foncier et négociant en vins, plus particulièrement en champagne. Il épouse Hermance Normand et fait édifier l’actuel château de Proyart.

Ils ont deux enfants, Lyonnel, en 1866 et Edgar, en 1867. Edgar poursuit la tradition familiale ; il est marchand de vins à Proyart. Quant à Lyonnel, il poursuit ses études et sort de Saint-Cyr en 1886. En 1892, il quitte l’armée alors qu’il se trouve en Algérie, pour prendre la direction des mines de phosphate de Mzaita. Après s’être constitué une solide situation industrielle, il crée le premier tramway du quartier français de Shangaï, dont il prend la direction. Puis, revenu à Amiens, il épouse Madeleine Vagniez dont la famille possède une fort belle entreprise textile, qui deviendra par la suite Lee Cooper ©.
Les affaires sont florissantes et ils font construire une superbe maison au 35 de la rue Saint-Fuscien, à Amiens. Trois enfants naissent de leur union : Gérard, Michel et Marie-Rose que tout le monde appellera Rosette.

Lyonnel et Madeleine se lient d’amitié avec l’un de leurs voisins qui demeure au 41 de la rue Saint-Fuscien ; c’est le chirurgien déjà brillant, Victor Pauchet. Lyonnel contribue au financement de la clinique créée par Victor et est le parrain du fils de ce dernier, Louis-Victor. Et voilà qu’arrive la conflagration ; la déclaration de la guerre, l’invasion de la Belgique…

Victor Pauchet est appelé à tenir un hôpital de campagne à Sainte-Menehould (Haute-Marne). Lyonnel, François, Madeleine et leurs enfants restent à Amiens. Avec l’aide des Soeurs de la Compassion, Lyonnel prend en charge la clinique.
Le 29 août, les combats font rage dans Proyart et aux environs. Lyonnel met toute son énergie dans le transport vers sa clinique amiénoise des nombreux blessés abandonnés sur le champ de bataille.

Rassemblant des véhicules automobiles, il parvient à transporter jusqu’à 49 blessés en une seule journée. Au cours de cette épopée, il croise Adrienne Dumeige et bien d’autres civils qui se dévouent à cette effroyable tâche.
À Proyart, le château est réquisitionné et pillé par les Uhlans. Les nombreux blessés allemands jonchent les pelouses du parc. Quatre infirmières de Bray-sur-Somme sont amenées de force pour les soigner. Il s’agit de Mesdames Marcelle Lefevre, Amandine Deman, Cornout-Lauclais et Eugénie Turquet.

Pendant toute la durée de la guerre, Lyonnel François fera soigner, à ses frais, de nombreux combattants parmi lesquels on dénombre 984 officiers. Son dévouement lui vaudra la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre.
Dès la fin de la guerre, Victor Pauchet reprendra la direction de la clinique. Lionnel Françoy, qui a modifié l’orthographe de son nom de famille, fidèle à sa soif d’entreprendre, rachète la minoterie Lambotte et les établissements d’Aumale, Chantilly et Senlis. Son esprit inventif lui permet de doubler le rendement de ces exploitations, notamment par la mise au point des premiers moulins à cylindre horizontaux. Il se fait construire une magnifique demeure à Aumale, « La Villa des Houx », où il s’installe définitivement.
Rosette se marie en 1936 avec Lazare Carnot, fils de Sadi Carnot, président de la 3ème République, assassiné à Lyon en 1894.
Lyonnel décède en 1945, à l’âge de 79 ans, Madeleine le 7 avril 1966, à l’âge de 92 ans.

En 1924, Edgar a fait édifier en l’honneur des « glorieux combattant de la Somme », le monument-arc-de-triomphe de Proyart.

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