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29 août 1914 - La bataille de Proyart. Spécificités

29 août 1914 - La bataille de Proyart. Spécificités

Bien qu’elle n’ait duré qu’une journée, la bataille de Proyart, qui opposa l’aile droite de l’armée allemande commandée par le général von Klück et la VIème armée française en cours de constitution sous l’autorité du général Maunoury, fut extrêmement meurtrière : 3 000 morts.

Cette bataille, intense et brève présente deux caractéristiques : elle influença le général von Klück dans sa décision de modifier la marche de ses troupes et elle révéla les insuffisances graves des soins aux blessés, insuffisance compensée en partie par les civils.

Examinons d’abord le premier point.

1 - L’inflexion de la marche de l’armée allemande

La stratégie élaborée au début du siècle par le comte Schlieffen, alors chef du Grand État-major de l’armée allemande, prévoyait un écrasement rapide de l’armée française grâce à un enveloppement par l’ouest de Paris en franchissant la Seine entre la capitale et Rouen, avant un rabattement vers la frontière suisse, en un large coup de faux. C’est ainsi que, dès le début de la guerre, la Belgique puis le nord de la France furent submergés par l’aile droite de l’armée allemande, fortement dotée en hommes et en matériel.

Un moment, le général Joffre pensa pouvoir enrayer sur la Somme l’offensive ennemie. C’est à cet effet qu’il confia au général Maunoury la mission de constituer une VIème Armée avec des éléments prélevés, pour l’essentiel, dans l’est de la France.

Mais avant même l’engagement de la bataille, l’état-major français comprit que la progression allemande était si rapide que la VIème Armée n’aurait jamais le temps de s’organiser sur la Somme, si bien que les régiments engagés reçurent l’ordre de ne mener que des actions défensives avant de se replier rapidement sur l’Avre.

C’est ce qui trompa von Klück qui crut que, devant lui, retraitait en désordre une armée défaite. C’était loin d’être le cas ; bien au contraire, la VIème Armée se retirait en bon ordre sur Paris tout en achevant sa structuration. C’est cette VIème Armée qui, quelques jours plus tard, prit de flanc les régiments de von Klück au début de la bataille de la Marne et contribua à la victoire française.

Est-ce seulement l’illusion d’une victoire à Proyart qui amena von Klück à modifier le plan Schlieffen en abandonnant la marche sur Abbeville pour obliquer vers le sud-est de Paris ? L’idée que, devant lui, sur Noyon, les troupes britanniques, sévèrement battues à Mons puis à Cambrai, étaient disloquées, a joué également dans sa décision ; le fougueux général a cru qu’en fonçant droit vers la Marne, il achèverait leur destruction et, ce faisant, déstabiliserait le dispositif allié. Il est probable que tout a joué : l’audace, à la limite de l’indiscipline, de von Klück, le recul très rapide des Britanniques, l’attitude défensive puis la retraite immédiate des éléments de la VIème Armée française.

2 - La rapidité du déplacement des troupes explique en partie mais en partie seulement l’abandon des blessés sur le champ de bataille.

Par une chaleur accablante, nombre d’entre eux furent laissés, là où ils étaient tombés, pendant plusieurs jours. Dès le matin du 29 août, cependant, des officiers français demandèrent aux religieuses d’Harbonnières d’héberger des blessés. Une croix rouge fut installée sur le toit de l’hospice. Le lendemain de la bataille, des blessés furent transportés dans le parc du château de Proyart et dans les maisons voisines, de même que, un peu plus tard, dans l’église et dans le château de Framerville.

Ce sont surtout des civils qui, au début, s’en occupèrent. C’est ainsi qu’à Framerville, l’abbé Buquet parcourut les champs, aidé de deux soldats allemands que lui avait adjoints un aumônier militaire, pour donner à boire aux blessés… ou leur donner l’extrême onction. A Rosières, c’est une jeune institutrice, Adrienne Dumeige, qui prit en charge des Dragons, lesquels, à cause de leurs blessures, ne pouvaient suivre la retraite de l’armée française. Décision significative d’un officier français avant de se replier : il fit signer à la jeune femme un engagement au 5ème Dragons pour qu’elle ne soit pas arrêtée par les Allemands comme « franc-tireur »…

A Harbonnières, l’énergique sœur supérieure, Joséphine Kramer (Sœur Marie de la Flagellation), prit le risque de cacher des soldats français blessés pour qu’ils ne soient pas faits prisonniers. Elle fut aidée non seulement par les autres religieuses mais également par des habitantes du village.

A Proyart, un industriel amiénois, originaire de la commune, Lyonel Françoy, négocia avec les Allemands l’autorisation de transporter les blessés français dans la clinique qu’il avait créée avec le docteur Pauchet. Pour cela, avec l’aide du docteur Hautefeuille, il rassembla des véhicules automobiles et organisa un va et vient entre Proyart et la capitale régionale.

Adrienne Dumeige et Joséphine Kramer seront décorées de la Croix de Guerre.

Ainsi, les civils se sont fortement impliqués dans le secours aux victimes de la bataille. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui la population reste marquée par ces événements et soit toujours fortement concernée par la mémoire des anciens.

La mort à Proyart du capitaine Pierre d’Esclaibes ce 29 août 1914, apporte une dimension symbolique supplémentaire d’attachement à nos racines : sa femme était Noémie de Proyart, descendante des anciens châtelains du village. Le 31 août 2014, une plaque honorant les membres de la famille d’Esclaibes morts pour la France a été dévoilée par la municipalité à l’intérieur de l’église de Proyart.

Chaque 11 novembre, après la cérémonie au monument aux morts, les habitants de Framerville-Rainecourt déposent une gerbe devant la plaque dédiée à Adrienne Dumeige.

A Harbonnières, sur la tombe de Joséphine Kramer et sur un mur de l’hospice, seront prochainement apposées des plaques commémoratives.

De plus, les manifestations du 11 novembre 2013, à Vauvillers, Framerville-Rainecourt et Proyart, ont été célébrées en commun, successivement devant chaque monument aux morts, avec, en finale, le rassemblement de 400 personnes, en présence du sous-préfet de Péronne et d’un représentant de la République Fédérale d’Allemagne, devant l’arc de triomphe de Proyart.