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4- La bataille des colonels – Septembre 1914, le combat de Chuignes

4- La bataille des colonels – Septembre 1914, le combat de Chuignes

Alors que les combats font rage sur Herleville et Foucaucourt, on se bat également sur Chuignes et Dompierre où se trouve notamment le lieutenant-colonel Lacapelle.

La 11ème Division, dite « Division de Fer », est chargée de prendre Dompierre en passant par Chuignes. Venant de Lorraine, elle arrive le 23 septembre 1914, dans la région de Villers-Bretonneux –Corbie. Le 25 septembre, le général Chatelain, succédant au général Balfourier, en prend le commandement.

La 11ème Division comprend :

  • à droite, la 22ème Brigade : 37ème R.I. et 79ème R.I. ;
  • à gauche, la 21ème Brigade : 26ème R.I., le 69ème R.I., le 4ème Bataillon de Chasseur à Pied (BCP), le 2ème BCP.

La 22ème Brigade a pour objectif Chuignes, Bussus, le Bois Olympe, Dompierre.
La 26ème R.I., débouchant de Cappy, doit prendre Herbécourt. Le 69ème est en réserve entre Bray et Suzanne. Le 4ème BCP flanque la gauche de la division, tandis que le 2ème BCP en flanque la droite.
Le 37ème R.I. est commandé par le lieutenant-colonel Lacapelle qui a pris son commandement le 23 septembre, à Villers-Bretonneux.

Le lieutenant-colonel Gustave-Paul LACAPELLE est né le 9 octobre 1869 à Troyes (Aube). C’est le fils du général de brigade Albert Lacapelle (1836-1904).
Il entre à l’école spéciale militaire de Saint Cyr en 1887 (promotion de Tombouctou 1887-1889), en sort classé 12ème sur 446 élèves et est affecté comme sous-lieutenant au 6ème Bataillon de chasseurs à pied de Nice, le 1er octobre 1889.
Il fait la plus grande partie de sa carrière aux chasseurs alpins et aux tirailleurs algériens. Promu capitaine le 17 avril 1898, il est admis à l’école supérieure de guerre dont il est élève du 1er novembre 1898 au 31 octobre 1900. Il en sort classé 17ème sur 80. Il est nommé à l’état-major du 4ème CA en novembre 1900.
Il épouse le 30 avril 1899 Geneviève Marie Joséphine Cornudet (1876-1954), fille de Michel Cornudet, maître des Requêtes au Conseil d’État et vice-président du Conseil d’Administration de la Compagnie des Chemins de Fer P.L.M.

De novembre 1903 à juin 1905, il sert au 2ème RTA (Régiment de Tirailleurs algériens) en Algérie, puis dans les régions sahariennes.
Revenu en métropole à l’état-major de la 25ème DI, puis du 15ème CA, il est promu chef de bataillon en novembre 1909, avant d’être affecté au 91ème régiment d’infanterie, le 24 décembre 1909. À partir du 25 décembre 1912, il commande le 4ème bataillon de chasseurs, à Saint-Nicolas-de-Port. Il est fait chevalier de la légion d’honneur le 30 décembre 1911.

C’est à la tête de ses chasseurs qu’il commence la grande guerre. Parti immédiatement en couverture, il livre tout d’abord un combat d’avant-postes à Burthécourt ; prend une part active à la bataille de Morhange (Lorraine), où il tient tête tout le jour à la garnison de Metz et couvre, le soir, la retraite de la 11ème division. Porté ensuite au Grand-Couronné (Nancy), le 4ème bataillon se distingue dans la belle défense de cette hauteur célèbre, après quoi, il suit le 20ème corps en Woëvre, puis en Picardie, pour la « course à la mer ».
Le 3 septembre 1914, il est nommé à titre temporaire lieutenant-colonel et affecté au 37ème régiment d’infanterie, dont il prend le commandement vingt jours plus tard. Venons-en à la journée du 25 septembre 1914.

La bataille est engagée vers 10h00 sur l’ensemble de la ligne d’attaque. À l’extrême droite, le commandant de Pighette et son 2ème BCP enlèvent la crête de Chuignolles. Le 37ème RI atteint Froissy sans difficulté, puis progresse en direction de Chuignes, en suivant la pente nord de la vallée, le 2ème Bataillon passant par le plateau pour tenter de prendre le village à revers. Il semble que les Allemands disposent de deux bataillons installés dans des tranchées et couverts par deux batteries d’artillerie, à savoir une batterie de campagne et une de 105, placées à la sortie est du village, à la lisière des bois. Le 37ème s’empare de la cote 83, à l’ouest de Chuignes où il détruit une batterie de 77. Le 4ème BCP, qui, au cours de la nuit, a pris Eclusier, progresse à l’est de Cappy.
Mais, sur le plateau, la puissance de feu des infanteries française et allemande est telle que le front se stabilise rapidement. Les pertes, de part et d’autre, sont lourdes.

Sur Chuignes, les combats durent toute la journée. Le lieutenant-colonel Lacapelle est blessé. Vers 17 heures, les Allemands commencent à faiblir. Ils évacuent le village à la nuit. Le 37ème R.I. déplore 50 tués, dont un sous-lieutenant. Il compte également 180 blessés, dont le commandant du régiment, ainsi que 4 officiers. Près de Cappy, le lieutenant-colonel Ungerer, commandant le 26ème RI, a été tué par un éclat d’obus.

La blessure du lieutenant-colonel Lacapelle ne l’empêche pas de participer, le mois suivant, à la défense d’Hébuterne contre la garde prussienne et à la reprise de Fouquevillers. Le 37ème régiment d’infanterie remonte ensuite vers le nord pour prendre sa place dans la bataille d’Ypres, après laquelle son chef est cité à l’ordre de l’armée.

Il est fait officier de la légion d’honneur, le 24 novembre 1914, avec l’élogieuse citation suivante : « A, depuis le début de la campagne fait preuve des plus brillantes qualités de commandement ; a été blessé en entraînant son régiment à l’attaque ; est venu reprendre le commandement sans être complètement rétabli. A, pendant six jours consécutifs livrés des combats acharnés et a contribué par son énergie à reprendre avec son régiment le terrain perdu quelques jours auparavant par une autre unité, rétablissant ainsi une situation qui pouvait être considérée comme critique ».

Le 30 mars 1915, il est nommé colonel à titre temporaire et placé, dans les Vosges, à la tête de la 4ème brigade de chasseurs à pied. La prise de Bramskopf et de Metzeral, en juin 1915, lui vaut une nouvelle citation à l’ordre de l’armée.

Colonel à titre définitif le 26 décembre 1915, général de brigade à titre temporaire en mai 1916, il reçoit le commandement, sur l’Hartmannswillerkopf, de la 4ème brigade de chasseurs puis de la 66ème division de réserve. On le trouve ensuite sur la Somme et, dans les combats de Cléry et de Sailly-Saillisel, il récolte une troisième citation à l’ordre de l’armée, en date du 3 décembre.

Il reprend ensuite sa division qui, à la bataille de l’Aisne (avril 1917), forme l’avant-garde de la 10ème armée et enlève Craonne avec le plateau de Californie. Il est alors nommé général de division à titre temporaire en avril 1917 et appelé au commandement du 1er corps d’armée, engagé sur le Chemin des Dames, le 19 avril 1917. Mais, au bout de peu de temps, il repart pour les Flandres (juillet - novembre) et livre là toute une série de durs combats qui finissent par amener le 1er corps, avec les Anglais, jusqu’à la forêt d’Houthulst. En janvier 1918, il est de retour au Chemin des Dames, le quitte au mois de mai pour aller à la bataille de Montdidier, revient à Château-Thierry endiguer la ruée allemande…

Il est titularisé dans son grade de général de division, le 20 mars 1919 et placé, un moment, à la tête du 13ème corps. Puis, le 1er août 1919, il va reprendre le commandement du 1er corps, à Lille.
En juin 1920, il est fait commandeur de la légion d’honneur. Le 4 juin 1929, il devient commandant du 6ème CA et gouverneur militaire de Metz, fonction qu’il quitte en 1931 pour être admis dans la section de réserve. Il est fait grand officier de la légion d’honneur, le 25 décembre 1929.
Il se retire alors à Versailles. Il est alors fait grande croix de la légion d’honneur. Président du Souvenir français, il organise le recensement des sépultures des 100 000 soldats, morts pendant les combats de 1940, afin de les entretenir.
Le général de division Lacapelle est décédé le 15 février 1942 à Paris (Seine). Il est Grand-croix de la Légion d’honneur, titulaire de sept citations, dont cinq à l’ordre de l’armée, Croix de guerre (Belgique), médaille de la valeur italienne. Il est également Grand-officier de la couronne de Belgique et chevalier commandeur de l’ordre britannique de Saint-Michel et Saint-Georges.
Le général Lacapelle est inhumé au cimetière du père Lachaise, 94ème division (avenue transversale n°3, 1ère ligne).

Son petit-fils le général Alain Lacapelle a été vice-président du Souvenir français, il est actuellement vice-président d’honneur.

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