Assevillers

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La reconstruction et la zone rouge : L’indemnisation des sinistrés de guerre

Dans les années 1920, La Reconstruction s’effectue dans un contexte difficile pour les populations des régions sinistrées confrontées à des conditions de vie précaire et aux difficultés de financement de leurs biens détruits.

D’autant plus difficile que des communes de la CCHP sont classées en Zone Rouge et elles sont interdites aux habitants.

L’intervention de l’Etat acquise dès 1914 se développe suivant le principe de la loi du 27 avril 1919 surnommée la Charte des sinistrés qui exige que la nation dans son ensemble supporte les dommages matériels subis par les populations du Nord et de l’Est de la France.

Elle dresse une typologie des différents dommages et destructions pouvant être pris en charge. Pour faire valoir ses droits à réparation, le sinistré doit remplir un dossier de demande d’indemnité de dommage de guerre et se faire identifier par l’administration spécialement mise en place depuis 1916 (Ministère des Régions Libérées et Ministère des Travaux publics et de la Reconstitution Industrielle).

La déclaration des pertes se fait sur l’honneur. Pour étayer leurs dossiers, les sinistrés doivent joindre un ensemble de pièces justificatives. La procédure d’enregistrement et d’évaluation est soumise dans chaque canton à un petit tribunal d’exception baptisé Commission cantonnale d’évaluation par une loi du 15 juillet 1919 présidé par un juge de paix et auquel est souvent adjoint un représentant du préfet ou un agent du Ministère des finances chargé de défendre les intérêts de l’Etat face à ceux des sinistrés.

Se faire indemniser et reconstruire suppose des compétences pour constituer le dossier de dommage de guerre, emprunter, bénéficier auprès des entrepreneurs des meilleures conditions. Autant de compétences dont la majorité des sinistrés ne disposent pas. D’où l’apparition assez rapidement de groupements et d’associations de sinistrés qui donnent naissance aux Sociétés Coopératives de Reconstruction dont l’importance se trouve reconnue par la loi du 15 août 1920.

En 1924, on en recense 372 dans la Somme dont 217 pour le seul arrondissement de Péronne, le plus touché par les destructions. Ces coopératives ont pour but principal de procéder aux formalités administratives et de centraliser les initiatives dans l’utilisation des fonds d’indemnisation ainsi que de défendre au mieux les intérêts de leurs adhérents dans les relations avec l’administration et les entreprises.

Pendant la guerre, en 1917, le gouvernement s’inquiète des terres agricoles complètement détruits par la guerre. Cette remise en culture semblait problématique, le gouvernement propose le rachat des terres et de les reboiser à leurs frais. Mais les propriétaires de ces terrains s’élèvent rapidement contre ces mesures.

Le 12 août 1920, le président Millerand vient dans la zone rouge de la Somme. Lors de cette visite les propriétaires expriment leurs désaccords au président. D’autres départements emboitent le pas. L’état fait marche arrière et propose que seuls les terrains que les propriétaires renonceraient à cultiver serait racheté. La zone rouge au départ de 28 000 ha, est réduite à 4 000 ha au 1er avril 1922, puis à 2000 ha en 1923, pour finir en 1927 à un peu plus de 400ha.

La reconstruction de nos villages

Nos villages parrainés par les départements de l’ouest bénéficient au départ d’une main-d’œuvre allemande. Les élus du canton de Chaulnes, affirmant que l’arrivée et le travail d’allemands ne poserait aucun problème, organisent la consultation des habitants.

La loi du 14 mars et du 17 avril 1919 ordonne aux municipalités détruites par faits de guerre d’établir dans un délai de trois mois un plan de reconstruction :
338 communes vont établir ce plan.

Cette évolution va passer par un remembrement, qui précède ou accompagne le relèvement des fermes de la Somme. Ce remembrement, lié au bouleversement des terres par les combats, va d’abord essentiellement concerner les communes de la Zone Rouge dans le Somme. Car plus que partout ailleurs dans le département, elles ont vu leurs cartes et registres cadastraux brûlés sur l’autel des bombardements. Cette absence de bases consultables s’accompagne du fait qu’il est impossible sur place de retrouver les anciennes limites précises des différents terrains ; autant pour les habitations que pour les unités de culture.

Face à cela, la volonté de remembrer vient avant tout de l’Etat, qui décide d’utiliser le bouleversement des terres pour mieux nationaliser leur exploitation. Cela permet aussi de lutter contre un morcellement hérité du système successoral, qui a pendant longtemps favorisé l’éclatement des propriétés entre les différents héritiers. Dans les deux cas, la finalité reste le ralentissement de l’exode rural, en retenant les exploitants sur leurs terres. D’où le vote de la loi du 4 mars 1919, qui prévoit la constitution de Commissions communales de Reconstruction foncière, chargées du rétablissement des anciennes limites, mais surtout d’œuvrer pour un remembrement fortement conseillé et financé par l’Etat.

Ces Commissions communales sont chacune composées d’un juge de paix cantonal, du maire de la commune, d’un agent des impôts, d’un agent du Génie Rural, d’un géomètre et de six propriétaires désignés par le préfet. En cas de litige, l’appel possible devant la Commission départementale ou enfin devant le Conseil d’Etat ; le préfet fixe définitivement la décision de remembrer par un arrêté. En attendant, les communes ont jusqu’au 31 décembre 1922 pour déposer leurs demandes.

Pour que le remembrement ait lieu, il faut accord de la Commission communale, mais aussi et surtout un avis favorable de la majorité des propriétaires représentant plus de la moitié de la superficie. Le poids des gros exploitants dans la décision finale est donc très important. Car même s’ils sont minoritaires par le nombre, ils peuvent à eux seuls représenter plus de la moitié des terres de la commune, ce que fait dire aux petits propriétaires que « Dins ch’remembrement ché quoère chés gros qui ming’ront chés tiots ».

Seulement la longueur de travail de ces différentes commissions ne permet d’aboutir en 1932 qu’à 140 communes remembrées.

Mais il faut aussi reconstruire : les écoles, les mairies, les églises pour créer l’âme de ces villages.

Seulement l’Etat tient à ce que l’argent versé soit effectivement affecté aux reconstructions des bâtiments communaux. Cette garantie est fixée par les Commissions. Tout projet doit être soumis à l’approbation de ces Commissions. Ainsi cela rend très long l’aboutissement du projet. En 1924, seulement 14 villages ont retrouvé de nouvelles écoles, les travaux s’accéléreront à partir de février 1925. Une enquête effectuée en mai 1930 nous donne 281 écoles reconstruites et 317 écoles réparées.

Les communes plus importantes choisissent pour le prestige de reconstruire deux écoles distinctes séparées par une mairie. La baisse des effectifs les obligent en définitive à utiliser les locaux comme des classes de séparation de niveaux plutôt que de sexe.

Notons que l’enquête préfectorale de 1930 signale 5 écoles en attente de reconstruction. Et parmi celle-ci on trouve l’école du village d’Estrées-Déniécourt.
Cette commune est formée de deux hameaux Estrées et Deniécourt, chacun d’eux possédant avant guerre sa propre école. Or, au contraire des autorités municipales, l’administration préfectorale se révèle contre la reconstruction de Deniécourt. Aucun document ne relate officiellement qui des habitants de Deniécourt ou de l’administration va remporter le bras de fer. Mais sur place l’école de Deniécourt se dresse au cœur du village en nous donnant ainsi la réponse.

L’architecte, désigné par la commune pour reconstruire l’école, est quasiment à chaque fois le même que celui chargé de la reconstruction de la mairie.
Pour les églises la reconstruction va s’avérer une tâche longue et difficile. Elle passe en effet après tous les autres édifices publics des villages autant dans les démarches que dans la pratique. Face à cela, les évêques de France décident de créer en 1921 une coopérative des églises dévastées, organisme national qui va chapeauter au niveau des évêchés un ensemble de coopératives diocésaines (celles d’Amiens est fondée en décembre 1921).

Depuis 1905, date de la séparation entre l’Eglise et l’Etat, les églises sont la propriétés des municipalités. Ces municipalités reçoivent de l’Etat les indemnités allouées pour les églises, indemnités qu’elles vont reverser aux coopératives diocésaines. Ces indemnités, jugées trop faibles ou comportant une partie en obligations, seront complétées par des dons ou des emprunts lancés par les coopératives.

Une enquête, lancée en mai 1930, relève :
• 211 églises reconstruites,
• 54 églises dont la reconstruction est quasiment achevée,
• 24 églises en cours de reconstruction
• 24 autres églises en attente.

Fin 1918, 4000 communes sont dévastées ou dégradées sur 3 337 000 ha dans dix départements.

En 1919, dans le cadre de la reconstruction le « ministère des régions libérées », en lien avec le ministère des armées, a produit une cartographie en trois niveaux de séquelles, représentés par trois couleurs.

1. Zones vertes : caractérisées par des dégâts moyens, ce sont les zones de passage ou de stationnement des armées, avec d’éventuels restes de dépôts de munitions, de matériels, casemates ou déchets divers.

2. Zones jaunes : ce sont les zones brièvement ou ponctuellement touchées par les combats, généralement derrière les lignes de front ou éloignées, où les infrastructures routières sont à peu près fonctionnelles après l’armistice, malgré les tranchées, trous d’obus, ou des sols localement criblés de projectiles « souvent non éclatés ».

3. Zones rouges : ce sont les zones correspondant aux lignes de front des armées, où sont concentrées les dommages majeurs. Les sols y sont bouleversés, et les infrastructures routières, ferroviaires, industrielles, ainsi que ponts, ports et canaux y sont généralement totalement détruits (la dénomination de zone rouge n’a donc pas pour origine principale le sang versé, ni le rouge des coquelicots qui poussaient sur la terre labourée et cent fois retournée par les obus, mais elle les évoque néanmoins inévitablement dans l’esprit de l’époque).