Foucaucourt

Découvrez aussi sur le circuit de la ligne de front l'histoire des communes de :
Chuignes , Dompierre-Becquincourt , Faÿ , Fontaine les Cappy , Framerville-Rainecourt , Herleville , Lihons , Vermandovillers

Le soldat de 1914 sur le terrain

" La nuit, je montais la garde comme tout le monde. Pour surveiller, je passais à peine la tête. Il y avait un poste de guet où constamment un soldat était prêt à tirer au moindre mouvement. L’abri était en béton, mais un bon obus pouvait le transpercer.

C’était le début. Nous creusions aussi des tranchées, puis on mettait le barbelé la nuit. Si nous le faisions le jour, nous étions bons ! On montait alors sur le parapet et développait le barbelé sur des tire-bouchons que nous n’avions qu’à visser. Le fil de fer ne se posait pas trop en hauteur. Mais ce dispositif n’était applicable que dans les secteurs à peu près tranquilles. Nous organisions aussi des patrouilles. Ce n’était pas gai. C’était une vilaine place ! Nous partions à cinq, tous avec le même équipement, et nous approchions le plus près possible des Allemands. De retour dans nos lignes, nous dressions un rapport à l’un de nos officiers en disant ce que nous avions vu et fait. Mais ce dernier demandait toujours : “ Et les Allemands ? Où sont-ils ?”. Mais il arrivait que des patrouilles allemandes et françaises se rencontrent. Heureusement, ça n’avait jamais été le cas pour moi. Il s’en suivait un duel de patrouilles. Nous qui étions dans les tranchées, nous écoutions cette pétarade sans trop bouger sauf lorsque l’ordre de se porter au secours de ces malheureux sortait de la bouche de l’officier.

Dans les tranchées, il y avait des corvées de ravitaillement en nourriture : boîte de singe, sorte de corned beef, pain et boisson. Il y en avait un, dont je ne me rappelle plus le nom, qui s’occupait de la popote. Nous allions chercher le ravitaillement à deux, avec chacun un bouteillon. Quand nous n’étions pas bombardés en route, ça allait bien. Mais quand on était bombardé, là ce n’était plus la même chose. Quelques fois, nous apportions les bouteillons à moitié vides ou remplis de terre. Vous savez, ce n’était pas toujours gai ! Chacun y allait à tour de rôle. C’était le commandant de compagnie qui désignait les hommes de corvée. Il y avait aussi les corvées de munitions. Celles-ci étaient apportées à la compagnie qui nous les redistribuait. Cela autant que possible avant de monter aux tranchées.

Une compagnie comprenait une soixantaine d’homme, ce qui équivaut à quatre escouades de 12 à 13 hommes. La compagnie occupait une courte distance de tranchée.

Dans les tranchées, il y avait beaucoup de créneaux. Mais il ne faisait pas bon s’y mettre, sinon : clic ! “ Il y a des créneaux, regarde qui veut, mais moi je ne regarde pas !” j’ai dit ! Il n’en manque pas qui ont été tués aux créneaux.

Les canons tiraient assez souvent durant les périodes que l’on pouvait qualifier de calme. Mais durant les attaques, les canons qui étaient derrière nous se déchaînaient et les obus explosaient partout. Il n’arrivait pas souvent que des obus tombent dans la tranchée. Lorsque c’était le cas, cette dernière était dévastée du coup au but. L’artillerie ne tirait pas toujours sur les mêmes cibles. Cela aurait été trop beau. Tout ne tombait pas en un point précis. C’était un peu épars. Quand les Allemands bombardaient, je mettais ma tête dans ma poche. En effet, lors du tir de barrage, toutes les minutes tombait un obus. Alors nous appelions l’artillerie française à la rescousse au moyen de fusées multicolores envoyées par un de nos gradés.
Les mitrailleuses étaient placées en première ligne selon les ordres des officiers.
Une section s’occupait spécialement de la mitrailleuse. Moi, j’étais chargé de convoyer les munitions. C’était un charge très lourde. Une mitrailleuse tirait très vite : en peu de temps, une bande assez longue était lâchée et les douilles volaient en l’air. Sitôt les munitions épuisées, des ravitailleurs nous en apportaient de nouvelles. Quand les fantassins partaient à l’assaut, les mitrailleurs les accompagnaient."