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Framerville-Rainecourt

Framerville-Rainecourt

Replaçons-nous un instant dans le contexte de la fin du mois d’Août 14.
Il fait très chaud. Contre toute attente, les Allemands, passés par la Belgique, ont progressé très vite. Le 29 août, l’armée Maunoury, que Joffre a commencé à constituer sur son aile gauche, est en cours d’organisation. Quelques uns de ses éléments, sur la ligne Proyart Framerville Vauvillers, tentent de barrer la route aux troupes très supérieures en nombre de von Klück. Depuis le matin, le bruit du canon est effroyable. Une grande partie de la population, suivant le flot des réfugiés belges et du nord de la France s’est enfuie.

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Adrienne Dumeige, infirmière malgré elle

Attendant le dernier moment, deux jeunes institutrices n’ont quitté Framerville que ce matin du 29 pour se rendre, à pied, jusqu’à Rosières. Il s’agit d’Adrienne Dumeige qui vient tout juste d’obtenir son diplôme. Elle est amiénoise et est venue se reposer au château de Framerville devenu, depuis quelques années, pensionnat de jeunes filles. Elle est accompagnée de Monique Durand, institutrice comme elle, de la mère de celle-ci, qui dirige le pensionnat et de la grand-mère Durand.

Adrienne Dumeige qui, très tôt, a appris à se dévouer aux autres, possède également un diplôme d’infirmière. Lorsqu’elle croise dans les rues de Rosières des soldats blessés dont personne ne s’occupe, elle décide de rester sur place et de les soigner. Ces soldats sont des cavaliers du 5ème Dragons. Des habitants de Rosières l’aident à s’installer dans une salle de l’école maternelle. Le silence a succédé au fracas du canon. Elle se trouve seule avec eux. Les combats ont cessé. Les troupes françaises se sont repliées. Les Allemands occupent Rosières mais Adrienne ne le sait pas. A aucun moment, elle n’a hésité : des hommes souffrent. Elle doit les aider. C’est aussi simple que ça.

Afin que la jeune femme ne soit pas arrêtée comme franc-tireur par les occupants, un officier du 5ème Dragons a eu l’idée de lui faire souscrire un engagement dans le régiment. Il lui a remis un document et des insignes du régiment ; Adrienne, en quelques secondes, est devenue soldat.

A la nuit, l’abbé Dourlens, curé de Rosières, un adjoint au maire, M.Fichaud, le directeur de la sucrerie, M.Nyssen, viennent la ravitailler.

Mais les Allemands finissent par apprendre l’existence de cette infirmerie clandestine ; un matin, deux officiers se présentent et la convainquent de s’embarquer dans un convoi automobile sous le prétexte d’aller chercher un médecin à Proyart. En cour de route, elle comprend qu’elle est prisonnière et qu’on l’emmène à Cambrai. A l’entrée de Framerville, elle parvient à s’échapper. Malheureusement, elle rencontre les deux officiers allemands venus la chercher à Rosières et ceux-ci la font conduire à Proyart en auto par un soldat qui, de toute évidence a reçu la consigne de l’emmener ensuite à Cambrai.
Sur le trajet, entre les deux villages, elle est frappée par le nombre de cadavres qui restent étendus dans les champs.

Par chance, à Proyart, elle retrouve un prêtre, le chanoine Papin et un médecin français, le docteur Hautefeuille qui s’efforcent de soigner les blessés et de les faire évacuer sur Amiens. A partir du 3 septembre, en effet, autorisation avait été donnée de transporter les blessés français sur Amiens ; un riche industriel, originaire de Proyart, Lyonnel François, qui avait financé dans la capitale picarde un hôpital, organisait des convois de véhicules automobiles.

Le prêtre et le médecin convainquent le soldat allemand qui ne quitte pas Adrienne d’un pas, de la ramener, pour le moment, à Rosières. Pour autant, elle n’est pas tirée d’affaire car, depuis Rosières, son garde du corps-chauffeur, pas très malin mais discipliné, veut la conduire à Cambrai. C’est l’intervention de l’un des dragons blessés qui va la sauver. Le cavalier Charles Weber est d’origine alsacienne. Porté par ses camarades, il s’adresse dans sa langue au soldat allemand et l’embrouille tellement dans ses explications que celui-ci finit par être persuadé qu’il a mal compris les ordres de son chef. Il reprend donc la route, seul.

Le lendemain, le docteur Hautefeuille avec un chauffeur conduisant un camion, parvient à évacuer Adrienne et ses blessés sur Amiens.

Adrienne Dumeige est décédée à l’âge de 98 ans, le 25 janvier 1992. Lors de ses obsèques, des cavaliers du 5ème Dragons lui rendirent les honneurs.
Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Ordre National du Mérite, elle est titulaire de :
• La Croix de Guerre avec étoile d’argent
• La Médaille des Évadés
• La Croix du Combattant.