Proyart

Fin Août 1914, les armées allemandes sous la direction du général Von Kluck et Bulow ont enfoncées les lignes Françaises lors des batailles de Belgique et foncent à grande vitesse sur Paris. Les armées Françaises tiennent le choc sur le front central sur la ligne Verdun-Nancy tandis que les forces Françaises n’arrivent pas à percer sur le front de l’est.

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Framerville-Rainecourt , Harbonnières , Rosières en Santerre , Vauvillers

La bataille de Proyart

L’avance des allemands se fait à grande vitesse sur le front Ouest.
La 5eme armée anglaise en repli autour de Saint Quentin est poursuivie par la cavalerie Allemande. Le général Joffre demande la constitution d’une 6eme armée commandé par le général Manoury qui sera constituée des troupes prise à l’Est et des restes des divisions en retraite autour d’Amiens. Son objectif est de couvrir dans un premier temps la retraite de la 5 eme armée anglaise afin d’empêcher que cette retraite ne se transforme en déroute sous la pression de la cavalerie Allemande. Les prévisions du général Schlieffen se réalisent : l’avancée de l’armée de Von Kluck oblige les français à relâcher le pression sur le front de l’est où les allemands avaient des difficultés certaines.

Le 27 Août sont embarqués de Belfort les troupes du 7ème CA prélevé de l’armée d’Alsace qui viennent renforcer les 37ème et 38ème Divisions de Zouaves et de tirailleurs venus d’Algérie et les divisions de réserve (61ème et 62ème DR) arrivée en retraite autour de Bapaume. Le 60ème régiment débarque à Guillaucourt avec le 44ème régiment pendant que le 352ème régiment débarque à Corbie. Ils seront soutenus par les chasseurs du 45ème régiment et 55ème régiment.

Les soldats débarqués de l’Est découvrent leur destination en arrivant et surtout une situation tout à fait inattendue car ils n’avaient aucune information ni sur les batailles de Belgique, ni sur le repli des troupes et encore moins sur l’exode massif des civils qui fuient en emportant leurs biens les plus précieux sur des charrettes. Cependant ce sont des troupes aguerries qui ont déjà connu les combats.

La mission du général Manoury est de casser l’avance des allemands sur la somme afin de soulager la pression sur la 5ème armée anglaise et de pouvoir gagner du temps pour reconstituer des forces de défense autour de Paris.

Cependant les choses se précipitent : Le 28 Août les allemands s’emparent de Péronne et franchissent la somme puis font un mouvement vers l’ouest afin de déborder l’armée anglaise en repli autour de Ham et Matigny. Les troupes venant de l’est débarque du train à Villers Bretonneux, Rosières et sont de suite mises en ordre de marche afin de bloquer le déploiement des allemands le long de la somme en direction d’Amiens. Ordre est donné de les arrêter dans le triangle Proyart, Framerville, Rainecourt. Les troupes prennent position dans la nuit du 28 au 29 Août. Les batteries françaises sont installées sur le plateau.

Dans la nuit du 28 au 29 août, le général Vautier, en conséquence de l’ordre de l’armée , prescrit à la 56e division de se rassembler pour 4h30 dans la zone Morcourt ( 7 kilomètres sud-ouest de Bray), Proyart, Rainecourt, Vauvillers, Bayonvillers, prête, soit à déboucher à l’est du front Proyart, Vauvillers, soit à se porter vers le nord ou le nord-ouest. Elle se couvrira par des détachements au sud et au sud-ouest. Au nord, des éléments tiendront les passages de la Somme depuis le sud de Bray jusqu’à Corbie. Dans le cas d’une attaque de l’ennemi, la 14e division ne devra pas y répondre en débouchant offensivement, mais seulement par de vigoureuses contre-attaques. Les éléments en première ligne doivent s’organiser défensivement pour faciliter ces contre-attaques. La brigade de chasseurs indigènes, laissant un bataillon devant Amiens, se portera à Villers-Bretonneux, où elle recevra de nouveaux ordres. Un régiment de la 14e division, l’artillerie de corps et une compagnie du génie seront en réserve de corps d’armée aux abords nord-ouest de Warfusée-Abaucourt.
Dans la matinée du 29, l’ennemi n’a manifesté aucune activité. Les Allemands occupent Fay, Belloy-en-Santerre, Villers-Carbonnel, Athies et les villages sur l’Omignon.
Une reconnaissance marchant dans la direction de Roye était signalée vers Chaulnes à 11 heures. La cavalerie anglaise a signalé de Ham le passage d’une colonne ennemie de toutes armes se dirigeant de Ham vers Noyon.

Presque au moment où il fait connaître au commandant en chef l’inaction de l’ennemi devant la VIe armée, le général Maunoury est avisé par le 7e corps qu’un début d’attaque appuyé par de l’artillerie se produit entre le front Chuignolles, Proyart.

Le 29 août : La bataille de Proyart

Le 29 Août à partir de 9h30 commence la bataille de Proyart.

C’est à la 14 ème Division d’infanterie qu’il revient d’arrêter les allemands et en particulier aux régiments cités ci-dessus : 352ème régiment doit franchir la somme sur la rive droite et tenir le plateau entre l’ancre et la somme, les 60ème régiment et 44ème régiment doivent stopper l’avance allemande à Proyart sur la rive gauche de la somme.

Dans un premier temps s’empare de Proyart mais la défense est acharnée et Proyart change plusieurs fois de mains. Des exploits individuels, qui se terminent souvent par la mort des combattants héroïques, marquent cette journée. Les allemands emploient des obus fusants de 120 et 150 (appelés gros noirs) qui font de gros dégâts en particulier dans le 60ème régiment. Heureusement que ces troupes étaient aguerries car sinon cela aurait pu entraîner une déroute.

Jusqu’à midi, la division se maintient sur le front Proyart, Framerville. Mais bientôt nos troupes sont ramenées aux lisières ouest de Proyart, tandis qu’au sud elles cèdent du côté de Framerville. Le combat cesse alors brusquement, l’ennemi ayant marqué un mouvement de recul. Le repli commencé par la 14e division est suspendu.

Mais on signale des têtes de colonnes ennemies entre Chaulnes et Lihons. Le général Vautier met à la disposition de la 14e division sa réserve de corps d’armée, qui est remplacée aux abords de Warfusée par la brigade Ditte. Ce renfort est orienté, partie sur Rainecourt, partie vers le ravin au sud de Morcourt. A 16 heures, tandis que ce mouvement s’exécute, la 14e division reçoit du commandant du 7e corps l’ordre de se replier.

A midi, en effet, la situation à la VIe armée est la suivante : le général Maunoury sait que le 7e corps est attaqué par des forces importantes débouchant de la Somme et que la 55e division, dont quelques unités seulement sont débarquées, est attaquée vers Chaulnes. D’autre part, la 56e n’a aucun élément débarqué. Dans ces conditions, le commandant de la VIe armée a l’intention de combattre en retraite, si c’est nécessaire, dans la direction générale de Moreuil, Saint-Just-en-Chaussée. Il demande au commandant en chef des instructions générales sur la conduite à tenir en cas d’échec.

Ainsi orienté, et croyant que de fortes attaques se prononcent sur le front Nesle, Chaulnes, forçant la 55e division à se replier vers Roye, le général Maunoury décide que le 7e corps commencera son mouvement de retraite sur l’Avre, entre Moreuil et Guerbigny, en cherchant à se relier avec la 55e division. Celle-ci, déjà en retraite vers Roye, prendra une position de repli sur le front Guerbigny, Tilloloy. Le général de Lamaze devra faire soutenir particulièrement son flanc droit qui pourrait être débordé par des colonnes débouchant de Ham et paraissant marcher vers le sud-ouest. La division provisoire de cavalerie s’opposera à la marche de la colonne venant de Chaulnes. La direction générale de la retraite est Montdidier.

Le commandant du 7e corps transmet à la 14e division ces instructions en ajoutant : " Le mouvement de repli du 7e corps, qui est de la manœuvre et non de la retraite, devra se faire par échelons avec tout l’ordre et la lenteur nécessaires ". L’opération s’effectuera par une conversion autour de la droite de la 14e division à Rosières-en-Santerre. Cette droite, fortement constituée en infanterie, sera appuyée par toute la partie disponible de l’artillerie de corps. Le repli s’exécutera en deux colonnes :

l’une par : Harbonnières, Caix, le Quesnel, Hangest-en-Santerre, Davenescourt,

l’autre par : Wiencourt, Beaumont-en-Santerre, Plessier, Pierrepont.

La brigade de chasseurs indigènes retraitera par Marcelcave, Mézières, Braches. Le 7e corps marquera un temps d’arrêt à hauteur de la ligne Vrély, Caix, Marcelcave, la 14e division prenant toutes les mesures nécessaires pour couvrir le flanc est. Les quatre bataillons de la 63e division poussés sur l’Avre entre Braches et Pierrepont couvriront jusqu’à nouvel ordre le repli du corps d’armée. Les éléments qui tiennent actuellement les passages de la Somme entre Corbie et Bray-sur-Somme seront, en principe, rattachés aux troupes les plus voisines.

Cet ordre parvient à la 14e division vers 16 heures, au moment où elle est renforcée par la réserve de corps d’armée. Le mouvement de rupture, très difficile à exécuter en plein jour et dans des conditions particulièrement délicates, est commencé à partir de 17h30. Ce fut l’occasion de pertes très sensibles pour les troupes engagées. Il se fait néanmoins en deux colonnes, lentement et en bon ordre. Beaucoup de blessés restèrent sur le terrain faute de moyens de transport.

Les Allemands tardèrent beaucoup à relever les blessés. Quelques-uns, se traînèrent ou furent transportés dans une grange, les autres laissés sur le terrain y succombèrent pour la plupart, une partie, cependant fut sauvée par des habitants d’Amiens prévenus au bout de cinq jours par un vieillard de Proyart. Les morts du régiment furent inhumés sur place ou au cimetière de Framerville où le curé en recueillit 60.

L’ennemi subit lui aussi de très grosses pertes : 2.000 tués furent, assure-t-on, le prix de son succès. On releva trois Allemands pour un Français sur le champ de bataille, et le capitaine allemand Kietzmann, du 49ème R. I., écrit sur son carnet de route à la date du 29 août : « Pour la première fois nos troupes se sont trouvées aujourd’hui en face des troupes françaises de l’active, paraissant à peu près fortes d’une brigade sur un front étendu et qui aurait pour mission d’arrêter notre marche en utilisant merveilleusement le terrain. »

Cette brigade, c’était la 27ème. Le 60ème y était allé magnifiquement de toute son énergie

Le mouvement de repli se fait lentement et en ordre. Dans la nuit du 29 au 30 août, la division s’installe au bivouac : une brigade autour de Pierrepont, l’autre autour de Becquigny. Au cours de ce mouvement, la division a éprouvé des pertes sensibles.
Quant à la brigade Ditte, elle a été, comme on l’a vu, mise en réserve de corps d’armée à Warfusée. Elle y reçoit à 10 heures l’ordre de repli du général Vautier, et elle entame aussitôt son mouvement par Marcelcave, Ignaucourt, Mézières. A 17 h 30, elle reçoit un nouvel ordre. Quittant à partir de Mézières l’itinéraire primitivement fixé, elle doit se porter par Fresnoy-en-Chaussée sur Hangest-en-Santerre, où elle s’installera face au nord et à l’est avec mission de couvrir le repli sur Davenescourt et Pierrepont des éléments les plus à l’est de la 14e division. Elle s’attachera à ne quitter Hangest qu’après avoir été dépassée par les derniers éléments de la division. Puis elle se repliera sur l’Avre entre Pierrepont et Braches. Pour le stationnement du 29 au soir, la brigade du général Ditte fournira des avant-postes sur la ligne Plessier-Rozainvilliers, Hangest-en-Santerre, Arvillers, Erches. Le 7e corps stationnera sous la protection de ce dispositif.

Conséquences de cette bataille

Après cette défaite, la 6 ème armée se repliera en bon ordre et à marche forcée pour constituer le corps de défense de Paris. A titre d’exemple des chevaux tirant des batteries resteront sellés du 29 Août à Proyartjusqu’au 9 septembre lorsque le régiment s’arrête à Plailly.

Le général Von Kluck, poussé par la pression de l’opinion allemande s’élancera à sa poursuite en obliquant vers le Sud. Les pertes allemandes de Proyart soulagent également la pression sur l’armée anglaise de Saint-Quentin qui put également se replier en bon ordre sans craindre un contournement vers l’ouest. Le maréchal Joffre put ainsi rameuter les troupes sur l’Ourcq, les compléter par des troupes fraîches et lancer une contre-offensive victorieuse sur la Marne contre des armées allemandes, en partie épuisée par les marches rapides pour tenter de conquérir Paris avant l’arrivée septembre de renfort du côté allié. Cette bataille commença le 7 septembre soit une dizaine de jours après. Cette précipitation, la grande distance parcourue par des troupes majoritairement à pied, encadrée par de la cavalerie obligée de couvrir ces fantassins contre des contres offensives, la distorsion des lignes de ravitaillement en munition et en nourriture et la fatigue expliquent en partie la victoire sur l’Ourcq suivie de la victoire sur la Marne qui repoussera les troupes allemandes sur un front allant de Ieper à Verdun et passant par la somme où commencera la guerre des tranchées.

Le problème des premiers blessés lors des combats de 1914 à Proyart.

Si le règlement de 1910 prévoyait toute une organisation du service de santé, elle était loin d’être complètement constituée en août 1914. D’ailleurs les crédits affectés au service de santé diminueront tout au long du temps :

  • 1897 : 10 millions de francs ;
  • 1907 :1 million de francs ;
  • 1914 : 300 000 francs.

Du 2 août au 31 décembre 1914, le service de santé prend en charge 798 833 blessés pour 244 214 lits prévus, seulement 64 298 lits se sont retrouvés en zone occupée. Après la bataille de la Marne, Maurice Barrès écrit dans le journal de l’Echo de Paris : « les blessés sont faits pour être soignés » s’en suit un réquisitoire sur la façon dont sont traités les blessés.

La bataille de Proyart a été une bataille afin de ralentir l’arrivée Allemande sur Paris. Comme on envisageait une guerre courte et une offensive à outrance, le service de santé n’était pas toujours les bienvenus. Il fallait évacuer les blessés très vite et on ne se préoccupait pas de la récupération des effectifs.

Mais lors de cette bataille de Proyart, le service de santé ne peut exécuter les ordres. Nous sommes en phase de repli et le service de santé ne peut établir efficacement des postes fixes de recueil et de traitements. Ainsi, la population civile participe aux opérations de relèvement des blessés, comme au secours de ceux-ci. Lyonel François est de ceux-là.

Né à Proyart le 28 mai 1866, il est le fils d’Odon François, Marchand de vin, qui fit construire le château que nous pouvons encore voir aujourd’hui. Lieutenant d’infanterie au 72ème RI il démissionnera en 1892 pour devenir industriel. Il sera président de la Compagnie des Phosphates de Mzaïta (Algérie), de la Minoterie Lambotte et Cie, de la Cie des Tramways de Shangaï... et administrateur bénévole de la clinique Victor Pauchet d’Amiens 1914-1917.

Lyonel réside rue Saint Fuscien à Amiens, avec son épouse, dans la même rue que le médecin Victor Pauchet, fondateur de la clinique. Des liens d’amitié se sont tissés entre les deux hommes, Lyonel sera le parrain de Guy Victor, fils de Victor Pauchet.

A la déclaration de la guerre, Victor Pauchet demande à partir pour le front où il servira comme médecin major de 1ère classe à l’hôpital d’urgence de Sainte Ménéhould. Dès le 14 août 1914, Lyonel décide d’accueillir dans la clinique les officiers blessés. A la fois administrateur (Lyonel prit à sa charge financière la clinique et le Pavillon Duvauchelle y attenant, et les dirigea durant l’absence du professeur Pauchet), infirmier et chauffeur d’ambulance, il est secondé dans sa tâche par les Sœurs de la Compassion.

Durant la bataille de Proyart du 29 août 1914 jusqu’au départ des Allemands au 11 septembre 1914, c’est avec son véhicule qu’il transportera sans cesse des blessés de la zone des combats vers la clinique à Amiens.

  • Le 3 septembre 1914 : les allemands lui donnent l’autorisation de transporter des blessés sur Amiens.
  • Le 9 septembre 1914 : un convoi de voitures françaises venant d’Amiens, conduites par Lyonel François et des infirmières allemandes, arrive sur Framerville.
  • Le 10 septembre il arrive à ramener à Amiens 49 blessé en une seule fois. A la suite des combats de la Marne, l’armée Allemande reflue et la circulation des blessés est à ce moment là mieux organisée.

La clinique Pauchet et le Pavillon Duvauchelle fonctionneront ainsi de 1914 à 1917 : 952 officiers seront hospitalisés sur 38 mois de guerre... A ce titre, il recevra la légion d’honneur, la croix de guerre, ainsi que la médaille de vermeil de la reconnaissance.

La clinique est aujourd’hui le Groupe Santé Victor Pauchet.