Vauvillers

L’uniforme de 1914, tout le monde l’a à l’esprit. Tunique bleue, et pantalon rouge. L’uniforme hérité du règne de Charles X a pourtant était à l’occasion de bien des tentatives de modifications. L’uniforme, dès la fin de la guerre des Boers, a suscité débat...

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L’uniforme de 1914

Le pantalon rouge ou pantalon garance hérité de la restauration est une pièce dépassée. La tenue ne permet pas aux hommes de se mouvoir facilement et n’est plus adaptée au combat rapide sur le terrain.

L’armée connait inefficacité de cette tenue, et elle multiplie les expérimentations pour la changer.

Dès 1903, une tenue vert réséda porté par le 28ème RI lors du défilé militaire est ignoré. Puis en 1906 une tenue beige-bleue est expérimentée par le 43ème et le 72ème RI. On peut noter, une certaine nostalgie à l’abandon du pantalon rouge, sans relever le pragmatisme de la tenue. La raison esthétique l’emportera sur l’intérêt tactique. Par contre le 5 juin 1909, on commente fortement le changement de l’uniforme allemand qui opte pour la tenue feldgrau.

Seulement le monde politique semble peu réceptif à ce changement.
Sous la IIIème République, le pouvoir législatif est souverain sur toutes modifications militaires, y compris les tenues. A ce sujet, le ministère des finances écrit : « Il n’est pas question de procéder à la moindre rallonge budgétaire sur un tel sujet. Si l’armée souhaite changer de pantalon, il faudra tailler ailleurs, sur une autre ligne de crédits. »
Régulièrement, l’état major demandera les crédits pour une modification des tenues qui resteront toutes négatives.

La loi des trois ans vient également anéantir ces demandes entre 1912 et 1914. Elle oblige l’état à construire et aménager des casernes pour loger ces soldats. Les priorités sont ainsi tracées en fonction des impératifs budgétaires

Pourtant le 14 juillet 1912, lors du défilé de Longchamp, l’état major de l’armée fait défiler 5 compagnies du 28ème RI avec 3 tenues différentes. La presse se déchaîne sur l’utilité de changer la tenue. Le petit journal titre : « les couleurs ne sont pas celles de l’armée française, on dirait des étrangers. » « Gardons que diable cette tunique sombre, ce pantalon rouge, ce képi si français, qui depuis de longues années ont si glorieusement à travers le monde promené le drapeau tricolore. »

Lors des manœuvres de 1912, aux quelles assistait le grand duc Nicolas, ce dernier s’est publiquement étonné de la persistance du pantalon garance, considérant qu’il n’avait plus sa place sur un champ de bataille moderne.

Ainsi la persistance du pantalon garance n’a rien à voir également avec l’économie française. Les fabricants de la couleur garance en France passent de 13 fabriques en 1850 à 1 en 1880. Les fabricants français utilisaient à l’époque de l’alizarine, colorant chimique de synthèse produit par l’industrie allemande. Pour preuve la production de garance en 1898 était de 500 tonnes, alors que l’importation d’alizarine en France avoisine en 1900 les 15000 tonnes.

Les députés adoptent par la loi du 9 juillet 1914, le drap tricolore car produit avec du fil bleu, blanc et rouge.

La guerre éclate en août, les importations de produits chimiques cessent, il n’y a plus d’alizarine. Le GQG, demande la fabrication de tenues kaki, mais la aussi, le tissu n’est pas disponible. Le drap tricolore devient le bleu clair dit bleu horizon.
Ainsi nous voyons bien, que ce maintient de l’uniforme avec ces 3 couleurs, le bleu de la capote, le blanc de la chemise, et le rouge du pantalon n’a aucun intérêt pour le militaire. Tout cela traduit bien une opinion déconnecté de la mise en place d’arme nouvelle, et donc d’une guerre plus moderne. Si aujourd’hui nous nous focalisons sur la couleur du pantalon, il faut aussi reconnaitre que l’ensemble de l’équipement, comme la dotation à l’armée n’a pas évolué. A cette époque le mythe du soldat tricolore est lourdement mis en avant par la presse, et de ce fait crée dans l’opinion une non ouverture vers une guerre internationale. Le courage, le sens du sacrifice et de l’honneur sont exacerbés au seul profit que le fantassin français n’est pas un lâche. Le développement du « moral » des troupes est moins couteux que celui de les équiper.

L’hécatombe des troupes en 1914, n’est pas le seul fait du pantalon, car dans les unités comme les coloniaux elle apparait identique. La raison est donc ailleurs, mais l’opinion n’en a retenu qu’une. L’armée de la IIIème république ne pouvait de part ses valeurs qu’elle prônait s’engager autrement que de façon tricolore.